Notre inénarrable Nadine a encore frappé. Aujourd’hui, elle reproche à Eva Joly de ne pas être belle. De ne pas avoir « de communicant derrière ». Alors qu’elle se félicite que Ségolène Royal ait eu recours à la chirurgie esthétique et à la correction dentaire.

Venant d’une ministre qui se plaint de subir de trop nombreuses attaques personnelles, c’est savoureux. Mais passons, et grattons un peu jusqu’au coeur du sujet.

Les femmes en politique, déjà peu nombreuses, sont perpétuellement soumises à un feu nourri de commentaires, critiques et analyses plus ou moins condescendantes sur leur physique, leurs tenues, leur maquillage, leur attitude en général. Du relooking de Christine Boutin au tailleur Issey Miyake de Martine Aubry, on ne leur passe rien.

On pourrait se réjouir que ce haut niveau d’analyse contamine peu à peu les hommes, si l’on en croit les nombreux commentaires pseudo-journalistiques autour du régime de François Hollande, mais pas sûr qu’il s’agisse franchement d’un progrès…

Quel est le problème avec Eva Joly? Elle est trop ridée? Ne met pas assez de jupes, de talons, ou de décolleté? Elle ne répond pas aux canons attendus de « la féminité »?

On voit beaucoup de femmes en politique, qui pour éviter d’être emmerdées par certains de leurs congénères masculins, choisissent d’adopter une attitude considérée comme masculine. C’est le modèle Angela Merkel, Michèle Alliot-Marie, ou Martine Aubry. Et paf, on leur reproche leur dureté, leur autoritarisme, et dans le pire des cas, ces messieurs rigolent sous cape de ces femmes revanchardes qui sont forcément des mal baisées.

Si elles choisissent au contraire une attitude considérée comme féminine, comme Ségolène Royal, ou dans un autre registre, Rachida Dati, paf, on leur reproche à l’inverse de ne pas être crédibles, d’être forcément frivoles, et de ne pas avoir la carrure pour assumer ces choses importantes que sont la gestion d’un pays ou les relations internationales.

Quoi qu’elles adoptent comme stratégie, les femmes en politique se le voient toujours reproché. Parce qu’avant d’être considérées comme des responsables politiques, elles sont d’abord jugées comme femmes.

Or on peut être une femme et être complètement phallocrate. En supposant d’une femme qu’elle se doit d’être coquette, Nadine Morano nous en donne un excellent exemple.

Si Eva Joly se sent très bien comme elle est, et on peut supposer que c’est le cas, je ne vois pas à quel titre quiconque aurait légitimité à le lui reprocher.

Oui, l’image en politique, ça compte. Oui, si un homme ou une femme politique se sent plus fort-e, plus à l’aise, plus sûr-e de lui ou elle en décidant de tel changement de look, ou de tel lifting, et bien soit. La politique est un monde où le rapport de force et la pression sont tellement forts que chacun peut bien adopter la stratégie qu’il souhaite, y compris concernant son image et son physique.

La seule condition que j’y vois, c’est que ces choix doivent être des décisions personnelles et réfléchies. Ni dictées par une armada de sondeurs et de communiquants, ni dictées par des représentations sexistes de ce à quoi doit ressembler un homme ou une femme.

Ça n’a l’air de rien, mais j’ai l’impression que c’est un combat sans fin…

 

 

 

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Un commentaire.

  1. romain blachier says:

    Bon billet.

    En fait Morano est un peu l’égal de Guéant: on sort des trucs infames pour pourrir le débat et empêcher les vrais sujets.

    Pour prendre une métaphore de foot et me conformer aux clichés sur les hommes, je dirait qu’elle fait des fautes pour que le match ne soit pas plus fluide, que l’adversaire pète un plomb, prenne un carton rouge et qu’au bout d’une partie pleine de tacles par derrière, son équipe gagne sur penalty.